Alessandro
Banas Biographie

Vit et travaille à Nice (06000)


Ébéniste à Nice, Alessandro Banas a consacré tout son temps libre à photographier la ville où il a vécu, Milan. Des photos d’un genre très particulier, proches de la peinture abstraite, qui capturent les formes insolites et éphémères surgies sur les murs de la grande ville. La beauté cachée sous la dégradation urbaine.

« À pied ou à vélo, je pars à la chasse. Planches branlantes des vieilles barrières de chantiers, rideaux de fer des magasins recouverts de gribouillages à l’aérosol, murs de béton construits au moindre coût et tout de suite lézardés… Mais aussi flancs d’églises, socles de statues équestres, portes cochères des nobles palazzi du centre…

Aucune surface verticale n’échappe aux interventions sauvages, toutes doivent être remplies : publicités de lunettes de soleil ou de caleçons griffés, affichettes qu’on a collées pour retrouver un chien ou un chat ; messages d’amour pathétiques, offres de fourgons de déménageurs, de plombiers, d’électriciens, de masseuses 24h sur 24 ; éclats de peinture sortis comme par erreur d’un aérosol distrait, plans pour arriver à la pizzeria de la prochaine rue à droite…

Pas un espace qui ne soit envahi cette folie de l’affichage et de la peinturlure, laquelle à son tour n’échappe pas à l’action du temps.
Car c’est lui, le temps, qui apporte de la poésie à la vulgarité des interventions humaines : le temps qui passe, mais aussi le temps météorologique : selon qu’il a fait plus ou moins chaud ou froid, qu’il a plu ou qu’il a fait soleil, il faudra un an, six mois, parfois même une seule semaine pour que les affiches se décollent, les couleurs changent, les métaux rouillent.

De quoi pouvait bien parler ce lambeau de papier où l’on distingue encore « nove mesi » (neuf mois) ? Et ce cylindre de métal qui sort du mur, est-ce le canon d’un revolver pointé sur les passants, ou le bout d’un tuyau de plomb coupé à la scie ? Quel sens peuvent avoir ces numéros, que peuvent indiquer ces flèches, où vont finir ces câbles électriques ? Que peut bien regarder cet œil bleu ? Et cette tache d’eau, ne ressemble-t-elle pas à De Gaulle ? Et la pizzeria, existe-t-elle encore ?

C’est sur ces micro paysages métropolitains que je dirige mon objectif, dans une recherche tout à fait personnelle d’archéologie du court terme. Pour témoigner de la transformation continuellement à l’œuvre, en documenter les étapes. Et aussi pour montrer qu’il peut y avoir beaucoup de beauté dans la laideur, si l’on sait regarder et jouer avec la lumière. Lumière de l’aube, du plein soleil, du crépuscule, de la nuit… directe, indirecte, filtrée : constante incitation à aiguiser ma perception, la lumière peut transfigurer la dégradation urbaine. Mais il faut arriver au bon moment.

Une fraction de seconde après, il est déjà trop tard. »

Alessandro Banas